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« Le rêve au bout des doigts »


La peinture naïve occupe sans doute une place un peu à part dans l'univers de l'art. Elle suscite tour à tour l'enchantement ou la défiance, alors qu'elle ouvre à nos regards un domaine souvent infini.
     Originaire d'une  localité, grande comme Evreux et située à 120 km. de Cracovie, dans les Carpates polonaises, Martha KOLODZIEJ s'adonne avec bonheur à cet art narratif et ludique. Installée à Verneuil-sur-Avre depuis une dizaine d'années, elle est passée de l'exotisme à un langage plus proche de son territoire d'adoption. D'une grande fraîcheur d'inspiration, ses œuvres ciselées gardent un pied dans le monde de l'enfance. Adepte de l'art naïf, Martha Kolodziej fut au départ marquée par le douanier Rousseau. Ses premières œuvres témoignent de l'influence propice qu'il exerça sur la formation de l'artiste. A l'époque, la jeune Martha peignait sur toile, utilisant une technique mixte très personnelle, employant successivement l'acrylique puis l'aquarelle pour les détails de finition. Elle composait ses scènes au pur hasard, sans idée préconçue de ce que serait le tableau final. Peuplée d'animaux sauvages, sa peinture magnifiait la luxuriance de la forêt vierge, évoquant quelque peu le « Paradis terrestre ». A l'évidence, Martha possédait une « patte » et elle mit pas mal de temps à faire entrer la Normandie dans sa peinture. Toujours à Verneuil-sur-Avre, pittoresque commune de l'Eure, elle finit cependant par prendre conscience de l'intérêt de ce décor, désertant l'exotisme pour mieux se fondre dans le terroir et la vie de ses habitants.
      Sur le plan technique, elle délaissa la toile pour les supports de bois, cherchant à rendre sa peinture la plus lisse possible. On devine sans peine quel soin elle consacre aux glacis. Bien que Martha Kolodziej se définisse comme une autodidacte, elle reçut en Pologne une certaine formation pratique, passant par les Beaux Arts et la sculpture sur bois auprès de Marian Kiełbasa.
    Au moment de son arrivée en France, en 1997, Martha organisa sa vie de famille et ne tarda pas à recevoir des commandes de particuliers, ce qui l'encouragea à montrer naturellement ses travaux dans différentes communes de la région. Le succès ne se fit pas attendre. C'est ainsi qu'en septembre 2003, eu lieu sa première exposition personnelle à la Tour Grise de Verneuil, qui fut une sorte de tournant dans sa carrière.

 

Prix et encouragements la confirmèrent ensuite dans sa démarche. C'est donc assez naturellement que, sous son impulsion, naquit au printemps 2005 le 1er Festival d'Art Naïf de Verneuil-sur-Avre, qui semble dès à présent promis à un bel avenir. L'idée de faire naître une manifestation spécialisée dans cette commune était d'autant plus pertinente et hardie que la plupart de nos salons se fondent sur une visée généraliste. On y retrouve toujours plus ou moins les mêmes artistes, avec une franche prédilection pour le style post-impressionniste. Pour un coup d'essai, le Festival de Verneuil sur Avre s'avéra donc être un coup de maître, drainant un nombre impressionnant de visiteurs.
   En dehors de la toile et des panneaux de bois, Martha Kolodziej peint également les meubles, le verre, la céramique et la porcelaine. Elle ne néglige pas davantage sa vieille passion pour la sculpture. Provoquant un heureux mariage entre les traditions héritées de sa culture et les sujets nés de sa rencontre avec la province française, Martha nous émerveille par la saine truculence de ses scènes villageoises qu'un charme un peu rétro pare d'objets disparus et de vêtements d'autrefois. Cette nostalgie arbore un côté bon enfant. Les personnages semblent évoluer hors temps, sous une lumière toujours égale. Combien de rêves sont suspendus à la corde de ce cerf-volant prêt à rejoindre le bleu du ciel ! Remarquez que la peinture naïve ne laisse jamais d'ombre apparaître. Le temps y est étale. Elle nous immerge dans la clarté d'une éternelle arrière-saison. La minutie avec laquelle Martha traite le moindre détail élève son travail au-dessus de la simple anecdote. Ce délicieux petit théâtre où l'on retrouve l'ambiance des jours d'antan est d'autant plus touchant que le peintre est une Normande d'adoption. Sachant s'imprégner du présent, elle parvient à faire émerger la «mémoire » de nos villages. Ses «héros » nous ressemblent. Ce sont des gens simples, sans fard, mais soulevés par une joie de vivre qui fait de chaque scène une fête, une séquence authentique et sensible, par delà la liberté même avec laquelle elle est traitée.   Nourrie par un imaginaire très exercé – les Carpates sont marquées par un folklore particulier et quelquefois sanglant - Martha Kolodziej a fait passer dans sa peinture la magie des contes populaires. Elaboré comme un puzzle, chaque tableau évoque une histoire, réalisant une « greffe parfaite entre Pologne et Normandie ».


le 8 octobre 2005
Luis PORQUET

Critique d’art aux affiches de Normandie, Luis PORQUET a en outre collaboré à différents journaux et magazines : Marie-Claire, Maisons Normandes, Normandie Magazine, artension….. Epousant des formes extrêmement variées, son œuvre a été couronnée par l’Académie Française, la Fondation de France, le Syndicat des Journalistes et Ecrivains, l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen….

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